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Transat AG2R : Comme un alizé sans zèle
le 5 Mai 2004
 
Ca traîne c'est avec des alizés qui ne font toujours pas de zèle que les 31 duos de la Transat AG2R doivent composer. Les Figaro Bénéteau, après voir affolé les compteurs, progressent, comme des avions sans ailes : à 6-6,5 nouds, avec en prime un vaste anticyclone sur la route, qui menace de les clouer sur place.  Et c'est pour tous les tandems pareil. Résultat : au nord comme au sud, tous s'interrogent sur leur positionnement et leur cap balance. Cercle Vert (Morvan-Vittet), toujours nordiste et toujours devant, descend doucement sous la route directe, avec la ferme intention de rejoindre le vent à temps.
 
La discussion commence au PC Presse de la Transat AG2R, entre Patrick Chapuis, cette plume de l'écume trempée dans les affaires de haute mer et Dominic Vittet. Et le skipper de rappeler une arrivée de transat qui a vu Mike Birch expliquer à Olivier de Kersauson qu'il n'avait pas pris la route sud, parce qu'il n'y avait pas de poissons volants. Ceux-ci ont l'habitude de nager dans les airs soutenus, toutes nageoires dehors, pour atterrir dans les cockpits des bateaux de passage sur l'Atlantique. Mais encore faut-il que les alizés soient sur les rangs pour les aider à décoller.

Pas ou trop peu de nuages pommelés et pas de poissons volants :  voilà des signes qui ne trompent pas les marins purs iode Les alizés ne font pas toujours pas de zèle sur cette 7ème édition de la Transat AG2R. Impossible de dire qui des nordistes - qui espèrent qu'ils n'en feront pas trop vite - et des sudistes - qui les attendent toujours dans leurs voiles - aura raison. Résultat, c'est toujours le statu quo sur l'eau. Ceux du nord, dont tous annonçaient la mort dans les classements, sont toujours en vie. Il y a la lanterne verte notamment, qui ne lâche rien. Gildas Morvan et Dominic Vittet affichent au dernier classement 16 milles d'avance sur Bostik Findley (Caudrelier-Koch). Voilà une semaine jour pour jour que ces deux skippers tiennent tête avec une meute de poursuivants pourtant bien accrochée à leurs trousses. « Ici c'est la sérénité tranquille. On continue notre petit bonhomme de chemin. On était assez inquiets il y a deux-trois jours, mais les événements ont fait que tout ce passe au mieux pour nous maintenant, explique Dominic Vittet. La situation actuelle n'est pas très simple. Il y a de gros écarts de choix. La flotte est étirée sur plus de 200 milles de latitude. Tout reste donc à faire. »

Le non-malheur des nordistes ne fait donc pas le bonheur des sudistes. Ceux de la première heure, partis pêcher les alizés, naviguent toujours presque bredouilles et tardent à rattraper les milles accumulés sur les premiers. « Les alizés, ils sont faiblards, c'est sûr. Et puis c'est sans compter que devant ce n'est pas la joie et que l'arrivée peut être compliquée par ce qui se profile à l'horizon. On reste attentifs », explique Patrice Carpentier (Guyader L'Esprit du Large). Même topo de la part de Yannick Bestaven (Charente Maritime-Scutum), qui peine à se refaire une santé dans les 25ème - mi-nord, mi sud - mi-figue, mi raisin : « Les alizés ne sont décidément pas là. Il faudrait que cet anticyclone remonte pour leur laisser la place », grommelle-t-il. On l'a compris : l'anticyclone ne joue pas vraiment le jeu et prend ses aises bien en travers de la route la plus courte vers Saint-Barthélemy. Charles Caudrelier (Bostik Findley) résume bien la complexité de la situation : « Aujourd'hui, il y a deux façons d'aborder St Barth, soit par le nord soit par le sud. Faut être optimistes, on avance bien même si ce n'est pas évident de savoir aujourd'hui par où passer. Si on fait route directe, on va tomber dans une zone sans vent, si on part au sud, la route sera plus longue mais on aura plus de vent et si on part au nord, la route sera plus courte mais avec moins de vent. Bref, les deux options sont risquées. Pour l'instant on a donc retardé notre décision. On va faire route directe et on verra plus tard. Mais c'est un peu stressant ! »

L'heure des grands choix a semble-t-il sonné. Même le leader Cercle Vert vient d'ailleurs de mettre un gros coup de barre à droite, abandonnant sans doute l'idée de couper au plus court, comme Gédimat (Tripon-Grimont) vers l'île antillaise. De leur côté, Port Trebeurden (Attanasio-Berenger), Thalès (Tabarly-Nélias), qui a plongé net hier, Banque Populaire (Bidegorry-Gavignet) et surtout Groupe SCE - Le Télégramme (Le Cléac'h-Troussel), qui persévère. ils continuent tous de dévaler ces latitudes pour aller chercher ces 5/10 nouds de vent supplémentaires qui leur permettraient alors de glisser sous la bulle. Entre des alizés sans zèle et des trous sans air, il faut choisir.Et puis, il faut y croire. Ainsi Pascal Bidégorry (Banque Populaire), privé d'électronique mais le flair marin en éveil, reste confiant. Quelques places de perdues pour piquer au sud, voilà sa stratégie : « Nous nous attendions à rétrograder. Nous avons décidé de nous recaler pour être mieux placés pour la suite de la course et être bien dans le match. Nous avons bien récupéré physiquement et nous sommes motivés, concentrés et en pleine forme pour attaquer cette dernière semaine en mer. » Les deux compères pointent à la 6ème position à 22 milles des premiers. Et bien malin qui pourra dire, qui - sur les prochains milles - sera le plus judicieusement et le plus justement positionné. Tout déprendra sans doute de l'heure à laquelle les alizés voudront bien se réveiller !


Echos du large

Des nouvelles de l'arrière-flotte :
Florence Arthaud (L'Esprit d'Equipe)  : « Dans l'évasion, coupés du monde» :
« On navigue à l'ancienne, en aveugle total. On n'a plus rien qui marche à bord. Il nous reste que les lampes torche. On barre aux étoiles ce qui n'est pas très pratique lorsqu'il y a des nuages. C'est un vrai retour aux sources même si ce n'est pas vraiment à notre avantage, car forcément on perd beaucoup de temps. On est parti dans une option qui met un peu de temps à payer. On ne pensait pas que ceux du nord pourraient redescendre sur la route directe aussi facilement. Tant pis pour nous. On a joué un coup de poker après Madère, mais la bulle nous a rattrapés et on est restés 20 heures dans la pétole. Résultat on est complètement isolés. On attend les poissons volants avec impatience car pour le moment il n'y a toujours pas de vent. On en peut plus du calme ! C'est un peu la cour des miracles. Lionel s'est fait un claquage au niveau des tablettes de chocolat. Sinon, on est en pleine forme, reposés, ravis d'être là, même si on préfèrerait être 200 milles devant. On mesure la chance qu'on a d'être dans cet univers privilégié. Ce n'est pas pour rien si ça fait 25 ans que Lionel et moi on fait ce métier. Là, on est dans l'évasion, coupé du monde et on en profite. Hier soir, on s'est débouché une bonne bouteille de vin rouge qu'on a savouré avec des toasts au foie gras en regardant l'éclipse de lune. Mais croyez-nous, on reste super motivés pour refaire un peu de notre retard.»

Hervé Favre (Aurélia Finance) : « On est tombés dans la pétole. »
« Depuis notre arrêt à Madère tout s'est bien passé. On est repartis avec de bonnes conditions de vent et on grignote les milles chaque jour. Hier, on est tombés dans la pétole et c'est un peu difficile de faire avancer le bateau. C'est difficile également pour les nerfs. On a également un gros souci avec nos fichiers météo, ce qui nous handicape par rapport aux autres, car on ne sait pas de quel côté aller chercher le vent. On navigue donc avec le baromètre et l'observation des nuages, mais ce n'est pas très précis. On est super contrariés car c'est quand même une régate et c'est frustrant de ne pas avoir 100% des moyens pour se battre. »


Christophe de Pavant (Delta Dore) : « Gare aux kilos ! »
« On est encore au nord, il fait chaud mais c'est supportable. On est toujours dans le match, on a la niaque, même si on sait que les conditions de vent vont être difficiles sur la fin de parcours. La flotte s'étale du nord au sud et on ne sait pas encore comment tout ça va se terminer. Nous, on est là pour se faire plaisir, mais le terrain de jeu est énorme et les options aussi. C'est difficile de se maintenir. Mais on est là pour gagner même si on est un peu tendus sur le bateau car on n'a pas beaucoup d'air en ce moment. Résultat on dort mal et on se jette sur les provisions pour décompresser. Je suis sûr qu'on va finir par prendre des kilos pendant cette transat »

Philippe Massu (Guyader L'Esprit du Large) : « On a faim ! »
« On s'est mal organisés au départ et on est un peu légers en sucres lents. Oui, on a faim ! Il nous reste treize plats lyophilisés. et on est deux ! Ca veut dire objectivement qu'on a une nette carence en calories. Vraiment, on s'en veut de ne pas avoir embarqué des paquets de pâtes. Mais bon, on est bien élevés, aucun de nous ne va manger en cachette. On s'est fait un petit tableau pour bien géré la suite. Et puis s'il faut, il y a le canot de survie avec de la nourriture pour six et doit bien y avoir tout ce qu'il faut pour se faire plaisir. Mais dès que j'arrive, je vais bouffer ! »

Source : Liliane Fretté Communication,
 
Pour en savoir plus : Le site officiel de l'épreuve

 
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