Courses au Large , La solitaire du Figaro
So long Solent...
le 28 Juillet 2004
 
Courte mais dense. Cette première étape de La Solitaire Afflelou Le Figaro, Caen-Portsmouth, réserve - comme promis - son lot de rebondissements. Au gré des vents et du courant, les classements se suivent et ne se ressemblent pas. Kito de Pavant (Navy Lest), qui a doublé en tête le phare de « Royal Sovereign » sur les coups de 9h30 ce matin, voit les attaques fuser de toutes parts au dédale de la côte sud de l'Angleterre. Au dernier pointage, le Normand Marc Lepesqueux (Maisons Pierre) avait pris les devants. Pour combien de temps ? Difficile de faire le moindre pronostic dans des conditions météo très instables. Sûr en revanche, que ce n'est qu'en soirée que la Manche donnera son verdict dans les eaux vertes du Solent.
 

C'est la guerre des nerfs aux abords de l'Angleterre. En ce milieu de journée, le soleil tape fort sur la grande bleue, plate comme un lac. Protégés par des casquettes et autres paires de lunettes, les solitaires continuent à s'appliquer pour filer au mieux vers l'arrivée. Depuis le bateau direction de course, Denis Horeau donne la température sur les coups de 14h: « Ca cogne terrible. On se déhale sur le fond à 5 / 6 noeuds mais la renverse, avec le courant contre, est pour dans deux heures environ. Le vent vient du 110° pour 8 noeuds. Cela empanne beaucoup et la majorité de la flotte se rapproche de la côte pour trouver plus de pression. Ils vont chercher le thermique, avec une bascule du vent au sud-ouest ». Il est 16h, et la ligne de la délivrance est encore à 30 milles des étraves des premiers. Marc Lepesqueux (Maisons Pierre) en tête, est alors suivi comme son ombre - à 0,04 mille près ! - par Benoît Petit (Défi Santé Voile) et à 1,1 milles par Yann Eliès (Groupe Générali Assurances). Kito de Pavant (Navy Lest), premier à « Royal Sovereign » pointe, lui, à la 20ème place. Comme quoi, il y a des bouleversements et des rebondissements, alors que les passages à la marque révèlent que c'est au contact et à vue les uns des autres que la flotte a tourné les étraves à gauche, cap à l'ouest.

Dans le camp des bizuths aussi, ça bouge dans tous les sens. 22ème à « Royal Sovereign », la jolie Australienne Liz Wardley (Kookaï-eol) progresse au mieux. Elle s'accroche dans le tableau arrière du premier des « petits nouveaux » , Jean-Luc Nélias (Chauss-Europ), le marin au palmarès long comme un jour sans vent et 10ème au dernier relevé. A noter que les honneurs du classement des premières participations ont été mérités à tour de rôle par Fred Duthil (Allmer), Rodolphe Jacq (Skipper AG2R Prévoyance) et Gérald Véniard (Scutum), qui ne cache pas son enthousiasme d'avoir embarqué dans cette galère ! « J'ai fait un départ de merde mais après j'ai trouvé la carbu... c'était la chance du débutant, confie-t-il volubile lors de la vacation. A la tombée de la nuit, j'étais dans les cinq premiers, et après c'était le distribile ! J'étais avec Le CLéac'h (Foncia-TBS) et Morvan (Cercle Vert), j'ai voulu les suivre, les accompagner, mais ce n'était pas le bon plan. J'avais peur de m'endormir et j'ai bien failli. Mais je n'ai pas eu de gros coup de pompe. C'est ma première étape de première Solitaire...j'ai tout vu ! »

Cet après-midi, la flotte progresse très groupée en approche de l'entrée du Solent, à 12 milles de Portsmouth.  Les quinze premiers solitaires se tiennent en moins de 1 mille, les 30 premiers en moins de 3 milles par rapport au but. C'est serré, très serré, et si la renverse de courant ne vient pas trop semer la zizanie et si la fatigue, qui commence à se faire sentir, ne s'invite pas comme invitée surprise à bord de quelques bateaux, on devine que les arrivées seront rythmées en terre britannique. Pour l'heure rien n'indique que cette première étape, malgré tous les mauvais tours que la Manche a toujours dans sa botte, se soldera avec des gros écarts. Pas de dégâts majeurs à redouter à l'issue de ces 156 milles disputés au gré de la pétole et des sautes d'humeur d'Eole. Seul, Philippe Bossard (Karukera), qui a bataillé ferme avec son safran qui se desserrait peu après le départ et pointait à près de 50 milles, espérait dur comme fer se refaire une santé et combler un peu de son retard au rythme du jusant de la marée, attendu sur les coups de 16 heures. Les prochains milles diront s'il parvient à recoller et si les solitaires de l'arrière parviennent à rattraper les premiers sans doute ralentis.

Si le nouveau groupe de tête a joué un beau coup tactique à terre après « Royal Sovereign », en allant à la pêche à l'accélération, ils doivent désormais veiller aux pièges qui les attendent au tournant des pointes et au coeur des baies, jalonnant la côte. Ils doivent surtout surveiller leurs arrières menacés par la meute de poursuivants. Yann Eliès (Groupe Générali Assurances) est le premier à le souligner : « On a renvoyé le spi, bâbord amures. Après "Royal Sovereign", on est quelques uns à avoir joué la renverse et profité d'un peu plus de vent. Ca nous a permis de revenir. Le courant, on va rebuter dessus, vers 16 heures. On a devant nous de nouveaux passages stratégiques. Mais maintenant qu'on est en tête, on va essayer de ne pas prendre de risques. L'option, cela va être le marquage ! » On devine ainsi que rien n'est joué et que si la ligne se rapproche doucement des étraves, ce premier « run » n'est donc pas fini. A 17 heures, tous les coups sont encore permis pour déjouer au mieux les derniers pièges qui attendent les skippers : effets de brises, jeux de courant... il y a de la tension dans l'air !  

Laure Faÿ


Echo du large

ETA : quelle est la température de la brise thermique ?
A 25 milles de l'arrivée, les premiers progressent à 5,5 noeuds sur le fond. Mais les petits airs se font majoritaires. Quant à savoir quand ils pointeront pour de bon leur étrave sur la ligne c'est une toute autre histoire. L'atterrissage s'annonce délicat et une chose est sûre, l'arrivée de la flotte reste tributaire des dernières évolutions du vent. La brise thermique va-t-elle donner un peu de jus aux solitaires ? Ou au contraire ce flux va entrer en opposition avec le synoptique d'est. C'est là toute la question. Interrogés sur l'eau, les skippers tablent sur des conditions de vent plus stables. A ce rythme, ils pourraient faire leur entrée sur les coups de 20 heures. A moins que le courant contraire dans le Solent, ne vienne freiner leur progression pour les retarder de quelques heures. Affaire à suivre...

Benoît Petit (Défi Santé Voile) : « Ca a payé ! »
« J'avais pensé le truc un peu avant. J'ai tenté d'aller jouer l'accélération du vent après Royal Sovereign. Ca a payé. Un peu de réussite, c'est bien ! Maintenant, il faut surveiller ce qui se passe derrière. A  l'entrée du Solent, il restera 10 milles à hauts risques. Mais il faut espérer qu'il n'y ait pas de gros changements en tête. »

Eric Drouglazet (Crédit Maritime-Zerotwo) : « Ne pas dormir... »
« Ca va, je ne lâche rien. J'ai joué pour rester au contact du paquet de tête... c'est crucial sur une étape dangereuse comme celle-là. La météo nous annonce du vent plus stable. Mais je ne vais pas dormir... avec du café et du Coca, je dois pouvoir tenir la cadence ! »

Source : Communiqué Officiel de l'organisation